En effet, j'ai l'impression qu'il ne se passe rien. Ou plutôt que le groupe parle pour ne rien dire. Pourtant, In the Presence of Enemies - Part I commence bien, avec un enchaînement nous rappellant directement du Liquid Tension Experiment. Ce morceau passe plutôt bien, le riff de Petrucci arrivant et le chant de LaBrie mettant en valeur encore plus le titre. Mais deux choses viennent tout de suite le perturber : les sons de claviers de Rudess, tous plus inutiles et horribles les uns que les autres. Il se contente de rester en arrière en balançant des leads façon "game boy". La deuxième chose est le solo de fin de Petrucci. Celui-vi nous (re)montre qu'il connaît ses gammes par coeur, et qu'il peut les balancer plus vite que tout le monde.

S'ensuit un Forsaken aux riffs rappelant au premier coup Evanescence. Le solo de Petrucci y est (étonnamment) très réussi par contre. Ce morceau, simple et efficace, nous montre un Dream Theater capable de mettre son côté 'prog' de côté. Après, on aime ou on aime pas. En tout cas, il passe beaucoup mieux en live.

Constant Motion arrive, et nous fait voir le côté Metallica du groupe. LaBrie s'essaie à chanter comme Hetfield, Petrucci nous sort un riff digne du combo culte. Le résultat est suprenant et terriblement efficace. Le passage du milieu est tout bonnement jouissif, la partie rythmique Portnoy/Myung est excellente, et le solo de Petrucci... créatif. Non, sérieusement, il n'a jamais fait d'aussi bon solo depuis Six Degrees of Inner Turbulence (2002).

The Dark Eternal Nigh se veut quant à elle plutôt expérimentale. D'entrée, les voix suprennent. Mais ce sont plutôt les riffs, rappellant sans conteste Pantera qui caractérisent ce titre. La partie centrale instrumentale est bien délirante, et pour une fois dans l'album, on voit Rudess se lâcher (et même faire joujou avec son continuum). La partie finale fera clairement penser à Black Sabbath. En tout cas, dans corceau assez technique dans l'ensemble, Myung y est impressionnant.

La suite des AA de Portnoy arrive. Après trois titres très heavy (The Glass Prison, This Dying Soul, The Root of All Evil), voici que ce quatrième pioche dans l'album Damnation d'Opeth. Il s'intitule Repentance. Tout y est : les ambiances, la basse, le solo... et même le memotron. Un morceau avec lequel j'ai eu beaucoup de mal... Non pas que je n'aime pas Opeth (bien au contraire). Mais j'ai toujours préféré l'original à la copie... Le final est assez long. Un peu trop. Mais on y entend plusieurs personnalités bien connues (allez, on pioche dans Steven Wilson, Corey Taylor, Mickael Akerfeldt,...) s'exprimer et faire une apparition sur l'album. Un titre calme, avec une ambiance particulière donc... Le titre parle de lui-même.

On sait Portnoy fan de Muse. Il fallait bien un titre inspiré de ce groupe alors... Logique, non ? Voici Prophets of War. Je ne m'attarderai pas sur ce titre, que je ne supporte pas.

The Ministry of Lost Souls nous offre le côté calme de l'album. Petrucci nous sort ses arpèges et nous emmène pendant une douzaine de minutes. Malgré une intro vraiment minable (quand on s'appelle Jordan Rudess, quand on a un matériel comme il en a, quand on a un bagage technique comme lui, on ne peut pas sortir ça...), le refrain s'avère accrocheur...

On finit sur In the Presence of Enemies - Part II. Alors, on commence par une intro à la basse type Waters (Pink Floyd), et on s'en va dans un déluge de notes. Vraiment, je n'accroche pas. Ca va dans tous les sens, sans vraiment aller quelque part. Et que dire du final ? Portnoy nous ressort (encore !) son break de batterie qu'on est habitué à entendre à chaque fois...

Mon constat est le suivant : où est passé le groupe ? Je ne vois pas Dream Theater, mais je vois une multitude de groupes. L'inspiration est partie on dirait bien. Maintenant, on entre en studio, et on ressort ce que l'on aime écouter comme groupe. Il faut être honnête : cet album n'est pas mauvais pour autant. Mais le groupe est sur la pente depuis quelques années. A force de trop vouloir être "productif", de sortir des albums tous les deux ans, ne risque t-il pas de se perdre ? A condition bien sûr de savoir où il veut aller. Et il faudrait poser cette question à Mr Portnoy, qui semble avoir pris les rennes du groupe pour son plus grand épanouissement.

Les membres du groupes sont fidèles à eux-mêmes : Portnoy est de moins en moins suprenant. On commence à le connaître par coeur, et à savoir ce qu'il va sortir à tel moment. A croire que seule sa batterie grandit, pas son jeu. Myung dispose d'un meilleur son et d'un meilleur mix de d'habitude. Petrucci se montre plutôt inspiré et confiant. Le G3 (auquel il a récemment participé) y serait-il pour quelque chose ? Quant à Rudess, il est inexistant, et quant on l'entend, on préférerait ne rien écouter. Ses apparitions sont inutiles et plombent les titres. Il montre bien que le métal, c'est définitivement pas son truc... Mais c'est pas lui qui décide, apparemment. La palme ira, pour moi, à James LaBrie qui est magistral du début à la fin. Ses apparitions sont variées, puissantes, et mélodiques. Cela fait plaisir de l'entendre ainsi, de le voir se renouveller un peu. Il prouve à tout le monde qu'il est vraiment un grand, un très grand, chanteur.

En bref, un album plaisant. Mais j'ai plutôt l'impression d'écouter un album "best-of", une compilation d'(excellents) groupes que d'écouter du Dream Theater. Et voyant l'évolution des derniers albums, à quoi s'attendre pour le prochain ?

6/10